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> theatragogie > pieces > discrimination > creationPourquoi ce spectacle

La promotion de la diversité et la lutte contre toute forme de discrimination ne pouvaient longtemps rester hors du champ des obligations et des préoccupations du monde du travail.

L'action énergique d'associations particulièrement engagées comme l'AFIP ou Ni putes ni soumises, des initiatives privées comme la Charte de la diversité, l'adoption par l'Assemblée Nationale de grands textes fondateurs, la création puis l'action militante de la Haute Autorité de Lutte contre les Discrimination et pour l'Egalité, toutes ces actions ont convaincu nombre d'entreprises qu'elles devaient et pouvaient jouer un rôle clé dans ce combat républicain par excellence. Très engagées déjà, les collectivités le sont plus encore depuis les élections municipales de 2008, signe que ces questions et la nécessité de les résoudre, touchent un public plus large et mieux averti.

Beaucoup reste cependant à faire, à la fois pour augmenter le nombre des organisations résolument engagées dans ce processus de promotion et de lutte, mais aussi pour élargir le champs du prosélytisme utile et le périmètre des solutions qu'il nous faut encore trouver ou mettre en oeuvre.

Toutes ces actions engagées ici ou là ne sont toutefois pas encore à la mesure des enjeux sociaux et économiques que posent, par exemple : le vieillissement de la population ; le désir légitime des minorités visibles ou invisibles de participer pleinement à la société ; les idées reçues, stéréotypes et autres préjugés, sont tenaces, de même que les réflexes de peur et d'exclusion que le cycle des crises actuelles - sociales, économiques et environnementales, ne manque pas ni ne manquera d'exacerber ; la ghettoisation de certains quartiers continue de s'amplifier alors même que dans d'autres zones, moins concernées ou mieux protégées des bouleversements de la société, les gens ne voient pas toujours l'utilité d'agir avec pugnacité et détermination face à l'injustice de nombreuses situations.

Plus grave encore, il n'existe pas de consensus politique ou citoyen sur les moyens de promouvoir la diversité et de lutter contre la discrimination : les uns défendent le comptage ethnique dans lequel d'autres voit le mal absolu ; certains sont partisans de formes plus ou moins affirmées de discrimination positive que leurs opposants discréditent, preuves statistiques à l'appui que les premiers contestent cependant énergiquement ; les uns veulent des lois, des quotas ou des amendes, soutiennent la HALDE dans ses actions, les autres préférent des chartes de bonnes pratiques, des encouragements et s'émeuvent des prérogatives que la Haute Autorité tente elle-même de se doter ; ici, c'est l'entreprise qu'on rend responsable de choix non conformes à l'intérêt collectif, là, c'est à l'Etat et aux services publics qu'on reproche d'exclure telle ou telle partie de la population, les plus de 40 ans ou les étrangers par exemple. La liste est longue des désaccords et des sujets polémiques ; elle se double souvent d'un langage politiquement correct susceptible d'être quelques fois un frein au développement des indispensables nouvelles pratiques.

Encore faut-il ajouter à ces constats le fait que les sources de discrimination sont nombreuses et dépassent largement le cadre des critères venant assez naturellement à l'esprit comme le handicap, l'âge, le sexe ou l'origine ethnique.

Le travail est donc immense, y compris sur le champs de l'explication et de l'appropriation par les salairiés, dont nous faisons précisément profession. Il nous a du coup semblé tout naturel d'apporter une pierre à l'édifice. D'autant plus que, si beaucoup d'initiatives existent (documentaires, pièces, films, livres, témoignages, etc.), les approches éducatives et pédagogiques couvrant l'ensemble des problématiques font cruellement défaut. Il y a ceux qui militent pour la cause des femmes, ceux qui défendent les jeunes diplômés issus de l'immigration, d'autres se battent pour les plus de 50 ans, d'autres encore ont choisi le handicap comme cheval de bataille. Pour chacun de ces problèmes, des dispositifs existent. Qui n'a vu Plafond de verre, qui ne connaît l'action de l'AFIP ? Pour que le monde du travail cesse d'aborder ces difficultés de façon désordonnée et noncoordonnée, par habitude, commodité ou inconscience de la largeur du champ à investir, nous voulions embrasser large et aborder la question globalement, à l'instar de la loi luttant contre les discriminations.

De cette volonté découlait tout naturellement le cahier des charges de J'aime pas beaucoup ce que vous êtes. Avec ce spectacle, notre ambition est d’aborder sans tabou les nombreuses facettes de la discrimination, en évitant, comme toujours dans nos pièces, de proposer une présentation manichéenne de la question, dire ce qui est bien ou mal, ce qu'il faut faire et ce qu'il est impossible de faire. Nous avons au contraire cherché à mettre en scène la diversité des questions morales, philosophiques et pratiques, la pluralité des opinions et des points de vue, la variété des attitudes et comportements.

Pour atteindre cet objectif, et compte tenu des publics traditionnellement visé par le théâtre d'entreprise, nous avons fait le pari risqué d'aborder ces questions via des histoires décalées n'ayant pas toujours le monde du travail comme décor ou qui, lorsqu'elles se déroulent effectivement sur le lieu de travail, restent malgrè tout atypiques.

Ce choix est pédagogique, nous voulions deux choses : 1) quitter le registre Youp la boum dans lequel se cantonne encore trop souvent le théâtre d'entreprise, surtout sur ces questions et 2) montrer les choses telles qu'elles sont "presques", sans créer des analogies faciles et immédiates, qui soit ne modifient pas les représentations, soit braquent les spectateurs ; le théâtre ne sert alors à rien.

La forme retenue (une dizaine de sketches à la fois indépendants les uns des autres mais formant ensemble une même histoire qu'on peut découvrir dans l'ordre ou dans le désordre), le registre humoristique assumé, des histoires comme le cinéma aime les raconter aujourd'hui dans lesquelles la fin provoque quelques fois la modification radicale d'une opinion construite au fil du récit, ainsi que le parti pris de mise en scène (un metteur en scène présente les textes et les sketches d'un spectacle en création) nous ont poussés à nous affranchir du « politiquement correct ». Et nous nous réjouissons que des oeuvres fortes comme La journée de la jupe réalisée avec le soutien actif de l'ACSE, puissent désormais voir le jour alors que de tels discours étaient impensables il y a seulement quelques années.

Finalisé après plus de deux ans de lectures, de colloques, de rencontres et d'échanges avec des acteurs de la diversité, J’aime pas beaucoup ce que vous êtes ! a été présenté en avant première au Petit Palais de Glaces (Paris), les 14 avril et 16 juin 2008. L'accueil très chaleureux du public et ses encouragements nous ont poussé à organiser une programmation régulière, destinée d'abord au grand public : 22 représentations se sont ainsi échelonnées du 11 septembre au 22 octobre 2008 au Funambule Montmartre.

Le grand public adore donc. Et comprend ce que nous voulons faire. Des spectateurs engagés nous encouragent (voir sur ce site la rubrique "La presse en parle"). Reste à convaincre les acheteurs professionnels que sont les élus et les directeurs de la diversité, les DRH et les responsables de formation, de faire, avec nous, le pari de l'intelligence des spectateurs.

Les entreprises et les collectivités veulent être citoyennes : En utilisant J'aime pas beaucoup ce que vous êtes ! pour propager les réflexes de diversité au bureau ou à l'usine, elles feront en sorte que leurs salariés le soient !

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